La vie d’après (en tennis blanches).

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Je les observe du haut des marches,
De l’entrée sud, à contre-jour.
Rien ne m’imprègne en leur démarche
Qui porte un regard au détour.
Sinon peut-être un sot détail,
Dont je fais bientôt statistique ;
Tous à leurs pieds, divers en tailles,
Chaussant baskets à l’identique.

La vie « d’après » en tennis blanches,
Décontractée, à courtes manches…
Les conformés s’en vont de pair,
Chevilles à l’air, esprit étanche.

Un peu plus tard ensuite, au dos d’un contrebas
D’église, ouvrant pour fuite un horizon trop las,
Je demeure en posture sous le dernier rayon,
Ce qui me vaut bien sûr, d’un mendiant l’oraison.

Son visage embruni pointe un instant des leurs,
Mais l’oripeau vieilli, de près, n’offre aucun leurre.
Non qu’il fût S.D.F., juste d’un « bas quartier »,
Tenant, malgré sa Leffe, un verbe assez châtié.

« Monsieur, vous travaillez ? », surprend le quémandeur.
« Vous attendez une fille ? ». La veste, c’est trompeur.
Vouloir m’ensoleiller, sans paraître un badaud,
Agirait-ce en défi des canons sociétaux ?

Le jour d’après tel un dimanche,
Défile au creux des tennis blanches…
Regard cuivré sur idées claires,
Les bienheureux vaquent en streetwear.

Ils abondent en terrasse, semblant rentrés du front.
Reconstituent les masses, agréent qui se confond.
Au vin du renouveau, leur vue des temps s’écrit.
Nulle armée, ni fléau, ce droit n’aura proscrit.

Mais sous leur farniente, une assise au pouvoir…
De consommer en force, ils se font un devoir.
Quitte à grossir le trait d’un rite hexagonal,
Se plaire à « ne rien foutre », « on paie bien, c’est normal ».

Au soir d’après, l’incurie franche…
Honneur à terre, les masques flanchent.
Vois-les sabrer leur délivrance :
Qu’ont-ils à faire d’une autre chance ?

Ce qui altère une ville, plus que l’architecture,
Ses trottoirs de déchets, ou l’afflux des voitures ;
Le vinaigre aux pupilles, jeté soir et matin,
_Devrait-on s’en cacher, provient du citadin.

Dépresseur ambulant, à vous gâcher la vue.
Anxiogène ou navrant, il indistingue les rues.
Qui l’a connue fantôme en convient, la cité,
Redevient monochrome, à forte densité.

Iraient-ils moins nombreux, plus singularisés,
Saurais-je alors, au mieux, m’y familiariser ?
En dépit je m’adonne à musarder hors-piste,
Quand plus rien ne détonne, du natif au touriste.

Mais le champ se restreint, exhorte à vivre clos,
Partout l’inopportun vous désigne un de trop.
Privé d’intime espace, l’urbain se veut pratique :
« Il nous reste une table », près des W-C publics.

L’été d’après en sneakers blanches…
Automne-hiver, est-ce bien étanche ?
Sur un pavé trempé d’amer,
À pied contraire, on bat revanche.

                                                   (Illustrations originales : © Franck Dudin)

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