« Merci d’être vivant. »

Edvard_Munch_-_Eye_in_Eye_-_MM.M.00502_-_Munch_Museum

Ne rien faire en particulier,
Autre que d’en faire trop.
Pourquoi devrais-je esprit relier
À ce jour en fardeau ?

Sachons plutôt ne rien changer
Qui s’offre à l’inertie.
On encourt un plus grand danger
À céder au sursis.

N’attendre aucun présent du ciel
Ou promesse en repos.
M’éclaire, aussi providentiel,
Un gratifiant propos :

Simple « merci d’être vivant »,
Surprends-je à mon égard.
Hommage inescompté, souvent,
Ne tient qu’au gré d’un soir.

Et s’il faut trouver récompense,
Ou d’un répit, bienfait,
Me savoir utile évidence,
A bien meilleur effet.

N’avertir au calendrier
Qu’être fidèle à soi.
Tiens-je au rappel à l’encrier
Qu’un temps j’eus prime espoir ?

Au prix d’un long soupir adulte,
Ai-je à répliquer « non ».
À d’autres, bonheur et son culte :
Enfant, m’astreint ton nom.

S’il me faut trouver réjouissance,
Un pas plus loin suffit.
N’éprouvez dans ma réticence
Aucun blâme ou défi.

Combien verraient mieux s’en passer,
Ont fausse exaltation.
Prenant sur eux de ne froisser
Chez d’aucuns, tradition ?

Combien s’abîment au point d’ancrage
Où l’ordre s’établit.
Eux n’ont que solitude et rage,
À battre en ce repli.

Ne rien faire en particulier,
Si blanchir un tableau,
Seul en cette occasion dédiée
Vaut à demain sanglot.

N’attendre aucun présent du ciel,
Et plus que tout repos,
Doux mot résonne existentiel
À qui tend son chapeau.

« Merci d’être vivant »,
Comprends-je à ce regard.
Hommage étreint souvent
De vibrer un peu tard.

(Tableau : Edvard Munch – « Eye in eye »)

The OK version of yourself

Portrait-of-George-Dyer

The OK version of a song is never satisfying.
When you bring the effort in not screwing it up
Instead of wanting to have it greater,
That’s playing defensive, that’s playing too modest.

Don’t be modest by the way.
If you avoid being pretentious
In rather playing safe,
It’ll always look, feel, or sound a bit restrained.

And the OK version of that song
Becomes a revealing feature
Of how you live your own life,
Scheme your plans, aim the next border, the next chapter,
Trying so hard not to fail
That you never succeed in the end.

If you deliver that OK version of yourself to the world,
Don’t expect any bigger consideration.
The world is not a secret talent searcher.
For better and often worse,
It only pays attention to an edge at the moment,
To a movement or idea so undeniable they can’t wait.
It only shows interest for greatness and stupidity,
Beauty and horror,
Naked truth and gross lies.

Oh wait,
Let’s be fair,
There’s another hook though.
Being awkward, special, unusual, unexpected…
Yet not in a shy way :
See, you can’t just be weird on your own,
It has to mean something.
And it’s not « OK »
It’s not « alright ».
It’s you.

(Painting by Francis Bacon – « Portrait of George Dyer »)

 

(Être) une page sans fin

Edward-hopper_compartimentC

Tu voudrais que cette page en vienne à tourner seule…
Et tienne au vent léger d’apprêter son linceul.
À peine un courant d’air, aussitôt le rabat,
_ Quand c’était juste hier, du pli sur nos ébats.

Tu voudrais que dette passe, au premier chant du deuil.
Empreintes à effacer : mieux, retourner la feuille.
On priera de se taire, implorant, l’au-delà,
Or chemin reste à faire : comment survînt le glas ?

Mémoire insiste, où vision cesse.
Aucun repos n’éteint la cendre.
Émoi résiste au train qui presse,
Un dernier mot, lettre aux cassandres.

Il te siérait de n’être otage ainsi d’un autre cœur ;
Et flottant, ce feuillet d’histoire essuie rancœur.
À redonner sa chair au flambeau ceint d’éclats,
Atteint-il être cher, où lui ne saignait pas ?

Feindrais-tu que cette page oscille en ta main seule,
Et vienne à ton regret d’en arracher le seuil…
Aimé.e, crois-tu défaire en parenté deux âmes ?
Apprends qu’un jet de terre n’a su courber la flamme.

(Tableau : Edward Hopper – « Compartiment C, Voiture 293 »)

 

Can’t hurt the pain.

Edvard-Munch-Vampyr-II-1896

You can’t hurt the pain.
Can’t make the grief suffer the way you do.
Nor cut a lifeless branch on a weak familiar tree,
Regardless of the shades unrolling over you,
From every last year’s leaf the spring will not renew.
You won’t kill what’s dead already,
Loathe what’s cold or vanished,
What no more will shine.
Even when the old flame surrounds you.

You do not heal,
But never grows the fatal wound,
Wishing you’d turn the stroke of fate
In a violent revenging blow.
By then you point the fist
Against your own shadow,
Unveil a clear target
For those of light beliefs,
Who hardly bare their chest,
And let their feelings go.
You look for mind relief,
In the balance we make
Between beauty and dirt.
Not amongst right or wrong,
Justice and crime.

You’re not the lawyer.
Because you feel, more than you judge.
You get to sense, more than you deem.

Then in the final repentence,
Here is the greatest of your deeds ;
If, as a living remembrance,
You are the one she requested
For the ultimate confidence,
Facing an almost departed.
The hand in debt will cure
What itself had branded.
And you will know the touch,
As you will know your pain,
But then also the prints
From a brotherly chain.
This major human link
Was never born in vain.

So you will have to lend
Your own uncertain hand,
All over bitterness,
Absence and loneliness.
Wide open for a mate
Not to a broken fate,
Not to a shred of history,
Nor a fallen memory.
Not to a leaving rest of life.

For you cannot hurt the pain.
She’ll lift you anyway.

And you shall forgive.

(Tableau : Edvard Munch – « Vampyr II »)

Les gens me préfèrent en perdant.

Hopper_Particolare-Protagonista-spalle-Hopper-Nighthawks

Au fond j’ai souvent fréquenté ces gens
Qui dans la vie me préféraient perdant.
Soit qu’on ne voulait me promettre à mieux,
Ou qu’on me vît peut-être égal en cieux.

Et j’échouerais d’autant plus à ma gloire,
En prenant goût d’ainsi leur en vouloir.
À ces yeux qui d’un clin vous reconnaissent,
On tait que notre ambition si tôt baisse.

Alors en devient tel un poids gênant,
Ce faire aveu d’insuccès dominant ;
Sinon le fruit d’un élan réciproque,
Autant se dire à bien mauvaise époque.

Il n’est pourtant la moindre indignité
À fuir au chant de sa pérennité.
Entretiendrais-je un fond de complaisance,
On m’ancre à ce sillon depuis naissance.

En coin, j’ai d’abord attiré ceux-là,
Qui de mes illusions prônaient le glas.
M’identifiant comme un voisin d’échec,
Ou pressentant mon futur intrinsèque.

Et j’aurais beau déplaire aux préjugés,
Croire un augure exempt de messagers,
Si d’aucuns me projettent à fins réduites,
Ai-je autre instinct que loin d’eux trouver fuite ?

En soi je n’ai reconnu mon pendant,
Qu’en ces regards où j’avançais perdant.
Et m’en tiendrais seul attitré coupable,
Aurait-on su m’épargner tant de fables…

Une est tenace à croire honorifique,
Un statut d’infortuné « magnifique ».
En l’idéal on voudrait son bonheur,
Aime à vrai dire en lui ce ton mineur.

Et l’âge imprègne une authenticité
Creusant l’épreuve à terme en société.
Déjà que n’est plus temps d’une autre chance,
Aigrit de n’avoir eu première audience.

Au plus on bat contre emprise extérieure,
Et moins nous promet-elle à vie meilleure.
En équilibre on tient d’être à ce pas :
Ni résister, ni suivre, acter son cas.

Irais-je en tort à fréquenter ces gens,
Qui volontiers me préfèrent en perdant ?
Le choix s’impose, au demeurant succinct :
Trahison de nos proches ou d’un dessein.

Tableau (détail) : Edward Hopper – « Nighthawks »

Au masculin de « muse »

202793939_1422827238095136_7681015650266231012_n

Le sujet prend racine, aimable digression ;
Peut-être y vois-je un signe, ou dérision m’amuse
À pointer que n’existe en courante expression
_ Dite à présent sexiste, un masculin de « muse ».

Est-ce en l’état réduire au strict féminin
Le propre d’influer sur une œuvre, un esprit,
Et ce que dame inspire en sève ou don divin,
Comme un talent muet, chez l’homme on n’a inscrit ?

Abandonner ce terme, en désigner un neuf ?
Au moins qu’on ne l’enferme à demeure en cliché.
L’abréger de son « e » produirait un mot veuf,
Assonant peu gracieux, d’être en mâle affiché.

Sans bien me l’avouer, n’ai-je envie jamais eu
D’émouvoir un instant la plume ou le pinceau,
Qu’une autre main douée prendrait à mon insu
Et d’un recoin distant, marquerait tel un sceau…

Frustré, l’homme en artiste, au fond l’est plus encore
À signer portraitiste en se rêvant modèle,
À certifier le beau sans paraître au décor,
Adoubé d’un flambeau qui se voudrait chandelle.

Ô, trahison du mythe ou d’un nom désuet,
Te vois-je ainsi, débat d’un soir évacué,
Me soumettre, insolite encore, une inversion :
Croquer après l’ébat, ma cambrure en torsion.

M’étreint l’humilité, grandit l’enjeu soudain…
Si l’œuvre éclot ratée, nu séant, je m’accuse.
Honneur étant, mon corps en pâlit néanmoins,
Qu’on lui voue cet accord au masculin de « muse ».

(Crédit photo : © Arkadie – 2010)

Le Cri de Munch, en flegmatique.

P1070880_retouche3_smaller


Défilés de « moi, je » rétifs à l’ordre,
En vos rangs dissociés n’ai-je élu place.
À n’épouser l’enjeu commun des hordes,
Au flanc des sociétés la guerre est lasse.

Impressions futuristes abondent autour,
Étreignent à coup d’effroi mon nerf optique.
En dresser l’ample liste au bout du jour,
Rendrait esprit dix fois plus névrotique.

Ici vois-je un passant clamer sa vie,
Si c’en est une, à l’entrée de sa paume ;
Et d’un volume à cent, lointain, l’ami.e
Haut-parlant son mélo, plie au symptôme.

Dans ce café tranquille erre une enfant,
Vaquant de table en table, importunées ;
N’intervient parent qui le lui défende,
Eux la trouvant « sociable » abandonnée…

Un siège en extérieur et verre aux lèvres,
Au gré d’un pouce aimant l’info ciblée,
Venue de rentrer l’heure, ils portent, fière,
À son premier paiement l’enfant CB.

On s’affranchit d’un « bip » ou d’un pointage,
Et s’en réduit l’humaine interaction
Dans l’océan débit de nos partages,
Au seuil où l’imprévu n’ose effraction.

L’accès à vie courante est sous contrôle,
Un matricode enferme à quitte ou double,
Entre vues différentes et ceintes en pôles,
On dessine un long terme à vision trouble.

Or accusant tous deux même horizon,
Varie pourtant l’affection du visage,
À comparer l’anxieux d’inclinaison,
Face au taiseux d’un flegme en tout usage.

Ainsi je m’aperçois d’un blanc reflet,
Combien ce ton sérieux jure, en vitrine,
Avec un autre soi, tenu secret,
L’air affligé d’un pieu dans sa poitrine.

Aux œuvres de l’absurde un vent m’expose ;
Et n’arrondit ma bouche autre mimique
_ À défaut taciturne étant sa pose,
Que ce tableau de Munch, en flegmatique.

Innocemment promise à ma rencontre,
Opère une insidieuse aliénation ;
Sous l’oripeau des crises, aimant se fondre
En règles à tendancieuse imprécation.

Complice en dévoiement des libertés,
Qui prête à son abus d’un champ commun,
L’aplomb du sentiment d’illimité,
Que notre époque infuse au genre humain.

Spatiale, ou bien sonore et visuelle,
L’invasion du mépris vaut réciproque.
On travestit nos torts en rituels,
Et s’indigne à grand bruit que l’on suffoque.

Inattentif à l’autre, ombre en ces rues,
L’inconscient ne craint plus de méconnaître
Où le « bon droit » se vautre en choix intrus,
Tant que veille, à sa vue, prévenant être.

Et d’ensemble un tableau se décompose…
Inquiet, n’ai-je autre moue plus emphatique,
À l’orée des fléaux qui s’interposent,
Hormis ce cri de Munch, en lunatique.

Où mes yeux voient démence, eux l’accoutument…
Mais n’en vient à ma bouche un « oh » tragique.
Et non que ce tourment fût d’un coup tu,
Je suis le cri de Munch en flegmatique.

What is lost, and what must be won.

What is lost, and what must be won.
(Photo by Escape Fantasy)

 

Now’s the time for us to accept
That what is lost is better at rest.
In hours and days,
We acknowledge the cost.
Yet how to repay
For what you lack the most,
Why dream you had stayed
In these arms of your host,
When it don’t make a difference,
You’re ten lives away…
It is gone in the distance,
You just followed your way.

Then here comes the time for you to incline
To the feeling of loss
And not having a choice,
Even still it resounds familiar in tune,
And you’ve been here before,
So, you must be immune,
In truth you had more than just no other way,
But you needed to feel it could stop any day.

Now you’re reaching the point
When you’d better assume
How, from this dawn until the last you consume,
All you didn’t once do, as bridges you burn,
All you couldn’t live through, however returns.
It’s your every day’s due, now what must be won.
And no further rescue if damage is done.

Everything gets old nowadays.

Everything gets old nowadays_visual

Everything gets old nowadays.
Aging faster than it used to be,
Or we just felt agreed.
Aging faster from a week to another,
Even from the last till the next hour.
Habits get older as quick as they come,
Our best behaviour tomorrow’s bygone.
In a reset of thoughts do we find a new shelter,
And by playing the ghosts, can we manage to linger.

Everything’s past in a few days,
Whatever the mood, or emotional phase.
It burns out way fuller, blows sooner to decay,
Than it sure would at first or only months away.
And there’s a hunger and thirst always willing to grow ;
Yet the moment it bursts you don’t want it to slow,
Then consume all it’s worth, and now older it shows…

But you know, these days,
Everyone changes anyways.
Faster than a postcard,
Than whatever nice people say.
And there’s a reason your hair would suddenly gray,
Only time is made such a bitter reward,
You wish it never would catch you off guard…

But everything gets old nowadays.
Way faster than it used to,
Or we once knew.
Faster from a dreaming to its nightmare,
From hope to despair.
Until it don’t even seem you just might care.

I didn’t wave goodbye to yesterday,
More, I forgot which was the day.
Don’t know what this life used to be,
The chain is set apart from me.

No word was told, one passed the other by.
Is it too old for us to even try ?
Who’d say hello ? That’s from another time.
The way things go, now’s everybody’s crime.

And life would spin along, just as an endless play,
These years of turning wrong, we knew might have a stay.
I never waved goodbye to yesterday,
It was so long departed anyway.
Nor even cried so much for the old world,
It left too many wishes never heard.