Thirteen years of controversial luck…

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(a very short essay about lasting in a nothern city)

It was written down somewhere that I’d moved in on the 13th of October.
As it turned out, it was the 14th. Which didn’t make any difference to me.
Still, that would’ve been a catchy announcement :
Thirteen years ago the 13th,
I dropped in this town.

But here we are,
Another year, another round,
Another « how did I get here ? » meditation.
The doors of my own remembrance open in a random way,
They cannot be forced on any special day.

I think I have to go to the agency.
I think I have to take a walk, eventually.
Good fortune,
It always seems like a rainless afternoon.

Maybe grab a cup of coffee, write a few lines,
Shake yesterday off from my instant mind.

The barkeep’s put on a few Birthday party tracks,
Which is pretty bold, perhaps a bit vicious too.
After all, it’s not even tea time.

And he tells me something about a following sport event,
Looking very upset.
There will be tension in the evening,
Trouble on the queue list..
Or maybe none of that,
You never know what to expect.

Like I ever had a quiet night in here…

It’s monday’s twilight approaching,
Filled with the smell of the week-end’s muck.
And I really don’t feel like taking out the trash,
Don’t feel like the story can be summing up.

Thirteen years of controversial luck, I’d say.
Thirteen years of being stuck this way.
Well, It’s not like I really give a f*** today.

Couvrir le feu (apprête à combustion).

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Un temps j’ai noté la recrudescence,
Du son des va-et-vient de l’ambulance.
Le cours du siècle affleure à mes oreilles,
Au cri d’un brûlé vif à son réveil.

Qui prend l’instant d’un appel aux urgences,
À témoigner de notre déchéance ?
Ce n’est pas tant que plus nombreux l’on souffre,
Plus seul on penche au bord du même gouffre.

Bloquant l’impasse, un fourgon sanitaire
Cligne en ses phares un champ parasitaire.
D’abord inquiets, nos yeux s’entrouvrent à peine
Au néon froid de la détresse humaine.

On transporte un malaise occidental,
Sous les traits d’un sénior à l’hôpital.
Quatre infirmiers, deux restés en faction,
Souscrivent à l’ère de la sur-réaction.

Et la sirène accède au vœu de l’incendie,
Le gyrophare éclaire à perte de chienlit.

On ne saurait taxer de négligence
L’intervenant casqué pourvu de lance,
Que l’objectif en vienne à s’effondrer,
Relève d’un moindre tort à dénombrer.

S’il est certes un défaut de surveillance,
Que certifier du sceau de malveillance ;
À tout moment l’accident peut brusquer
Le cœur des choses, doit-on s’en offusquer ?

Et le signal opère au gré du détecteur,
Plus bas de seuil, à terme il entretient la peur.

Les rues se vident, affaire de précaution…
Couvrir le feu apprête à combustion ;
Celui qui toujours se défend du pire,
Produit les faits au cadre de sa mire.

As-tu observé la recrudescence,
Du son des va-et-vient de l’ambulance ?
Ce n’est pas tant que plus nombreux l’on cède,
Mais chacun voit sa pente un peu plus raide.

Combien je ne t’attends même plus.

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Si tu savais combien je ne t’attends même plus,
Comme un espoir de rien, dont j’apprends la vertu.
L’illusion m’a bercé, d’écueils en précipices.
Aujourd’hui j’aime assez que l’horizon se lisse.

Si tu savais combien je ne t’attends même plus…
Mais qui demeure empreint d’un pareil absolu,
L’écorché solitaire, l’adolescent meurtri ?
Pour ne voir qu’un sur terre, il faut naître ébloui.

Quel que soit ton visage, de blond ou brun cerclé,
L’abîme entre nos âges, impropre à se combler ;
J’ai perdu l’idéal, retrouvé l’éphémère,
L’amour n’est plus fatal, doit-il en être amer ?

Quel que soit ton prénom, il revient par milliers.
De tes lèvres, le son, m’est toujours familier.
Je t’ai déjà connue, oui, regrettée peut-être.
Au commun du vécu, ne veux plus me soumettre.

Alors sachant combien ta renommée s’épuise,
Vexée d’être déchue, voudrais-tu par surprise
Planter à mon insu l’ironie du destin,
De te voir survenir quand je n’attendais rien… ?

Si tu savais combien je n’ai plus ce désir,
Le sort voudrait qu’enfin tu cherches à l’assouvir.

We will never stand it.

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We will never stand it,
The passing of time over grace and goodness,
Over everything truly worth living for.
We will never understand it,
How what was then, can’t be just now,
What once we pledged, we fail to vow.
So we appeal for reason,
When that’s only a treason.

We will never accept it,
But that’s a secret deal we sign,
For the sake of getting by.
It says if you lose memory,
Then you can repel mortality.
At least for a while.
So we lose our memory,
But never gain eternity.

How dare we stand it,
How dare we accept the deal ?
We should mourn every minute,
Every hour, every day,
Every past age,
Every century,
Every dead person,
From the dawn of humankind
To the post-modern society.

Life should be an endless mourning.
We love because of regret,
We expect because of loss,
And because of death, we live.

There must be some kind of justice in nostalgia.
Whereas melancholy, or any bad mood,
Cannot be trusted from an hour to the next.
Nostalgia is cruel, though rewarding in its way.
It’s just that we can’t get over it,
Unless we forget,
Unless we heal,
Unless we behave like this is the first time.

We shoud never stand it,
But we do, or die.

Seize euros cinquante.

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(unknown credit)

La ville est noyée sous défiance,
Sa peur est nôtre à éponger.
Quand du mendiant je prends conscience,
Je n’ai plus corps à m’échapper.

Il lui faut seize euros cinquante,
À réunir en un quart d’heure.
L’intimation me vient sécante,
Au bas du ventre en lieu du cœur.

Rien qu’alentour, c’est le troisième.
L’hiver à terme, leur flux redouble.
Pour tous les deniers que j’essaime,
Ma récolte est fixée en trouble.

Un peu plus tôt l’après-midi,
Courant aussi l’altercation,
Je m’offre imprudemment assis
À deux vauriens en exaction.

Si tôt ressaisie ma stature,
L’échange est clôt d’un regard ferme ;
Dont je trahis pourtant l’usure,
Face au renouveau du problème…

Lui n’a pas plus de dix-huit ans,
Fût agressé la nuit dernière,
À sa cheville un renflement,
Cet élan guerrier lui confère.

Mais c’est la peur d’être victime,
Qui lui fait promettre un racket.
J’ai beau manié quelques centimes,
Seul un retrait paierait sa quête.

L’habit me voue trop grand crédit :
Trois pièces, et pourtant les poches creuses.
Mon procès en sociologie,
Bâclé d’une envolée hargneuse.

Certes, à quoi bon lui affirmer
Qu’il s’en prend juste à moins précaire…
Le garçon déjà d’accoster
Une autre cible à traîne-misère.

Et je donne peu cher de ma peau,
Au soir des grands renversements,
Si le prochain est pour bientôt,
À quelques signaux près des temps…

Le sans-logis mordra au cou
Du déclassé, du faux bourgeois.
Le besogneux rendra ses coups
À l’étranger, au contre-emploi.

Suintant du ferment des affects,
On verra percer l’étendard,
Qu’aucun serment ne désinfecte,
Ocre à jamais de son histoire.

La ville endrapée de vindicte,
Assombrira les jours de ceux
Qui de l’époque nient le verdict,
D’aucun parti n’ont fait l’aveu.

Ce doigt qui pointe à vent contraire,
Pourra toujours s’en retourner.
L’esprit ni pour, ni adversaire,
Celui-là deviendra suspect.

Il lui faut seize euros cinquante,
Le prix d’un sommeil abrité.
Au moins l’insurgé en attente,
Au creux du mien saura frayer.

Kiss the moment.

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Kiss the moment.
Kiss it real,
Kiss it true.
Like this one is the best,
Not just one you break through.
As you honour the quest
Of an early you.

Kiss the second.
Kiss it all,
Kiss it twice.
Make it one of the best,
Not just maybe the last.

And the more surreal, the less feigned.
The more unexpexted, the less trained.

Kiss the evidence.
At a crossroads, on a grim night,
Shadowed by the elevated railway.
In the most unromantic set
Where you thought you might stay.
Where none is safe but the pusher,
Yet it feels like a shelter.

Kiss the moment.
Her eyes suddenly darker,
Her eyes seeing you deeper,
Her eyes are getting closer.
Now you’re the focus of the Spirit,
You have no choice but to exist.

Rekiss the moment,
Again.
Only further,
Wider, heavier.

Love the instant,
Cherish the detail.
Given that the big picture
Ignores you on its trail.

Then let it go, let it pass.
We, travelers, know it cannot last.

Go kiss the moment.
Just kiss it true,
Kiss it real.

Oh yes we do,
We did,
And sure again,
We will.

Détester son prochain (pour qu’advienne le suivant)

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Détester son prochain, comme on tend au suivant,
Sans porter le regret d’un état précédent.
On fait sien le progrès, à n’envisager mieux
Pour supporter l’instant, qu’un futur audacieux.

Ne voir rien à sauver exempt le bienfaiteur.
J’étais si scrupuleux, j’aurais pointé l’erreur.
S’attèlent en nos consciences, le déni au dépit ;
Quand rompt l’indifférence, point la misanthropie.

J’avais trouvé prétexte en l’inadéquation,
Pour habiller mon sort d’un gant de vocation.
Mais l’obligeant, amer, se prend d’acrimonie :
Comment tenir la porte, sans tarir d’empathie ?

Détester son prochain, pour qu’advienne un suivant.
L’horizon n’est certain du moindre dénouement…
Je laisse un temps surseoir l’appel du lendemain,
Par l’intrusion au soir d’un versant féminin.

Mais si tôt je mesure l’inanité des sens,
Ô combien éphémère, l’expédient à l’absence…
Unique en son recoin, « autrui » rejoint la norme :
Vouloir ne priser qu’un, n’occulte pas la horde.

Faut-il oser alors en dernier entendement,
Détester son prochain, sacrifier au suivant
Le droit de naître enfin, l’ouvrage d’être vivant.

Faut-il oser alors, en dernier sacrement,
Eu égard à l’humain, le transcender à temps.