Couvrir le feu (apprête à combustion).

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Un temps j’ai noté la recrudescence,
Du son des va-et-vient de l’ambulance.
Le cours du siècle affleure à mes oreilles,
Au cri d’un brûlé vif à son réveil.

Qui prend l’instant d’un appel aux urgences,
À témoigner de notre déchéance ?
Ce n’est pas tant que plus nombreux l’on souffre,
Plus seul on penche au bord du même gouffre.

Bloquant l’impasse, un fourgon sanitaire
Cligne en ses phares un champ parasitaire.
D’abord inquiets, nos yeux s’entrouvrent à peine
Au néon froid de la détresse humaine.

On transporte un malaise occidental,
Sous les traits d’un sénior à l’hôpital.
Quatre infirmiers, deux restés en faction,
Souscrivent à l’ère de la sur-réaction.

Et la sirène accède au vœu de l’incendie,
Le gyrophare éclaire à perte de chienlit.

On ne saurait taxer de négligence
L’intervenant casqué pourvu de lance,
Que l’objectif en vienne à s’effondrer,
Relève d’un moindre tort à dénombrer.

S’il est certes un défaut de surveillance,
Que certifier du sceau de malveillance ;
À tout moment l’accident peut brusquer
Le cœur des choses, doit-on s’en offusquer ?

Et le signal opère au gré du détecteur,
Plus bas de seuil, à terme il entretient la peur.

Les rues se vident, affaire de précaution…
Couvrir le feu apprête à combustion ;
Celui qui toujours se défend du pire,
Produit les faits au cadre de sa mire.

As-tu observé la recrudescence,
Du son des va-et-vient de l’ambulance ?
Ce n’est pas tant que plus nombreux l’on cède,
Mais chacun voit sa pente un peu plus raide.

Combien je ne t’attends même plus.

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Si tu savais combien je ne t’attends même plus,
Comme un espoir de rien, dont j’apprends la vertu.
L’illusion m’a bercé, d’écueils en précipices.
Aujourd’hui j’aime assez que l’horizon se lisse.

Si tu savais combien je ne t’attends même plus…
Mais qui demeure empreint d’un pareil absolu,
L’écorché solitaire, l’adolescent meurtri ?
Pour ne voir qu’un sur terre, il faut naître ébloui.

Quel que soit ton visage, de blond ou brun cerclé,
L’abîme entre nos âges, impropre à se combler ;
J’ai perdu l’idéal, retrouvé l’éphémère,
L’amour n’est plus fatal, doit-il en être amer ?

Quel que soit ton prénom, il revient par milliers.
De tes lèvres, le son, m’est toujours familier.
Je t’ai déjà connue, oui, regrettée peut-être.
Au commun du vécu, ne veux plus me soumettre.

Alors sachant combien ta renommée s’épuise,
Vexée d’être déchue, voudrais-tu par surprise
Planter à mon insu l’ironie du destin,
De te voir survenir quand je n’attendais rien… ?

Si tu savais combien je n’ai plus ce désir,
Le sort voudrait qu’enfin tu cherches à l’assouvir.

Six jours

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On t’a donné six jours, qu’as-tu refait du monde ?
Le congé n’a payé, ni rémission, ni fronde.
Il faudrait reposer, en paix de toute conscience,
Ces conflits au long cours, font vœu de ton silence.

On t’a fait naître ancien, d’une illusion féconde,
Que ton siècle irait loin, porté de bras en ondes.
Demain s’éveille trop tard, il te bannit d’avance
Du courant de l’histoire, sans même une deuxième chance.

On t’annonce en présage, toi qui navigue à vue :
A tirer sur la corde, elle décroche un pendu.
Vois comment tu sabordes l’élan d’une rédemption,
Par un fâcheux dosage en basse médication.

On t’accorde une semaine, tu veux perpétuité.
Pour solde de tout compte, moins quelques annuités…
Quand point le jour septième, te pressant d’accomplir
Bien plus qu’un homme escompte, soudain voudrais-tu fuir ?

On t’a donné six jours, qu’as-tu refait du monde ?
Le courage est attendre qu’en ton sens il abonde.
La folie en retour, c’est d’y croire une seconde.