Seize euros cinquante

young homeless
(unknown credit)

La ville est noyée sous défiance,
Sa peur est nôtre à éponger.
Quand du mendiant je prends conscience,
Au conflit ne puis déroger.

Il lui faut seize euros cinquante,
À réunir en un quart d’heure.
L’intimation me vient sécante,
Au bas du ventre en lieu du cœur.

Ici déjà, c’est le troisième.
Hiver à terme, ils s’en redoublent.
Et pour un denier que j’essaime,
Obtiens de récolter trouble.

Un peu plus tôt l’après-midi,
Courant aussi l’altercation,
Je m’offre imprudemment assis
À deux rôdeurs en exaction.

Si tôt ressaisie ma stature,
Incident clôt d’un regard ferme ;
Et qui trahit pourtant l’usure,
En ce renouveau du problème…

Lui n’a pas plus de dix-huit ans,
Fût agressé la nuit dernière,
À sa cheville un renflement,
Cet élan guerrier lui confère.

Mais c’est la peur d’être victime,
Ainsi qui présage un racket.
Et j’ai beau manié les centimes,
Il n’a qu’un retrait seul en quête.

L’habit me vaut donc ce crédit :
Trois pièces, et pourtant les poches creuses.
Indu procès, rue l’expédie,
Bâclé d’une envolée hargneuse.

À quoi bon dès lors attester
Qu’il s’en prend juste à moins précaire…
Déjà le garçon d’accoster
Une autre cible à traîne-misère.

Et je vends peu cher de ma peau,
Au soir des grands renversements,
Si le prochain est pour bientôt,
À quelques signaux près des temps…

Le sans-logis mordra au cou
Du déclassé, du faux bourgeois.
Le besogneux rendra ses coups
À l’étranger, au contre-emploi.

Crevant l’abcès de nos affects,
On verra brandi l’étendard,
Qu’aucun serment ne désinfecte,
Ocre à jamais de son histoire.

La ville endrapée de vindicte,
Assombrira les jours de ceux
Qui de l’époque nient le verdict,
D’aucun parti n’ont fait l’aveu.

Ce doigt qui pointe à vent contraire,
En pourra toujours se tourner.
L’esprit ni pour, ni adversaire,
Est celui qu’on voudra courber.

Il lui faut seize euros cinquante,
Le prix d’un sommeil abrité.
Au moins l’insurgé en attente,
Au creux du mien saura gîter.

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