Au masculin de « muse »

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Le sujet prend racine, aimable digression ;
Peut-être y vois-je un signe, ou dérision m’amuse
À pointer que n’existe en courante expression
_ Dite à présent sexiste, un masculin de « muse ».

Est-ce en l’état réduire au strict féminin
Le propre d’influer sur une œuvre, un esprit,
Et ce que dame inspire en sève ou don divin,
Comme un talent muet, chez l’homme on n’a inscrit ?

Abandonner ce terme, en désigner un neuf ?
Au moins qu’on ne l’enferme à demeure en cliché.
L’abréger de son « e » produirait un mot veuf,
Assonant peu gracieux, d’être en mâle affiché.

Sans bien me l’avouer, n’ai-je envie jamais eu
D’émouvoir un instant la plume ou le pinceau,
Qu’une autre main douée prendrait à mon insu
Et d’un recoin distant, marquerait tel un sceau…

Frustré, l’homme en artiste, au fond l’est plus encore
À signer portraitiste en se rêvant modèle,
À certifier le beau sans paraître au décor,
Adoubé d’un flambeau qui se voudrait chandelle.

Ô, trahison du mythe ou d’un nom désuet,
Te vois-je ainsi, débat d’un soir évacué,
Me soumettre, insolite encore, une inversion :
Croquer après l’ébat, ma cambrure en torsion.

M’étreint l’humilité, grandit l’enjeu soudain…
Si l’œuvre éclot ratée, nu séant, je m’accuse.
Honneur étant, mon corps en pâlit néanmoins,
Qu’on lui voue cet accord au masculin de « muse ».

(Crédit photo : © Arkadie – 2010)

Ton flair darwinien (m’aurait-il désigné par erreur ?)

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S’il te revient de choisir un plus fort, un maillon résistant,
Toi, seule à enfanter depuis la nuit des temps.
S’il te revient de corps, et mieux, d’assentiment,
La perpétuation des gènes en tout assortiment…

Si reste tien l’irréversible effort, ô combien méritant,
D’offrir à l’être humain ce chainon persistant,
Que t’appartient d’abord, à cœur ou par instinct,
De reproduire un spécimen, au prix d’autres destins.

M’en voudras-tu d’interroger alors, en ce ton révolu,
Ce qui me vaut peut-être à tort un certain dévolu ?
Mon horizon tracé contre sens à l’histoire,
Et n’ouvre aucun accès, juste un échappatoire…

…Il semble étrange au vu d’un tel accord entre nos phéromones,
Ainsi qu’on pût douter encore _ et ta peau me pardonne ;
En reste pourtant clair, à juger d’aujourd’hui,
Que tu poses un mystère en anthropologie.

Me sachant fruit d’un genre à faible essor, en l’époque étranger,
Non cet augure à meilleur sort, élu père ou berger,
Dis-moi, sans remettre en question ce dévouement flatteur,
Indûment porter à caution l’élan de son auteure ;
Se pourrait-il au fond que tu me veuilles impair,
Si darwinien, ton flair, en ferait-il erreur ?

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(sous réserve de) La suite des évènements.

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Sous réserve de la suite des évènements,
Il se pourrait que l’on vive encore assez longtemps…
Pour ne même plus savoir de quoi demain était-il fait,
Avant qu’on entrevoie, du papillon, l’effet.

Sous réserve de la suite des évènements,
Plus rien ne sera jamais tout à fait « comme avant ».
De tables rases en friches, pourtant rien ne diffère,
Et l’an d’après s’affiche en reliquat d’hier.

« Dans un futur probable », « incessamment sous peu »,
Formulations aimables pour qui ne sait pas mieux.
Il se pourrait que l’on meure ? Merci de nous prévenir,
Que le battement d’un cœur mille ans ne peut tenir

Sous réserve de la suite des évènements,
Serait peut-être enfin venu l’exact bon moment…
Celui de mettre à plat les tenants du régime,
Ou de réduire au pas l’humain craignant l’abîme.

« Nous le saurons bientôt », « Il faut être patient »,
Dans ces phrases un écho de promesse à l’enfant.
Mais qui peut garantir à demain qu’il ait lieu ?
On vit de consentir au risque d’un adieu.

Alors sous réunion possible des éléments,
Il se pourrait que l’on demeure encore assez longuement.
L’ennui saisit l’inquiet, plus tôt qu’un crépuscule.
La fin des temps acquiesce, au loin en minuscules…

Combien je ne t’attends même plus.

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Si tu savais combien je ne t’attends même plus,
Comme un espoir de rien, dont j’apprends la vertu.
L’illusion m’a bercé, d’écueils en précipices.
Aujourd’hui j’aime assez que l’horizon se lisse.

Si tu savais combien je ne t’attends même plus…
Mais qui demeure empreint d’un pareil absolu,
L’écorché solitaire, l’adolescent meurtri ?
Pour ne voir qu’un sur terre, il faut naître ébloui.

Quel que soit ton visage, de blond ou brun cerclé,
L’abîme entre nos âges, impropre à se combler ;
J’ai perdu l’idéal, retrouvé l’éphémère,
L’amour n’est plus fatal, doit-il en être amer ?

Quel que soit ton prénom, il revient par milliers.
De tes lèvres, le son, m’est toujours familier.
Je t’ai déjà connue, oui, regrettée peut-être.
Au commun du vécu, ne veux plus me soumettre.

Alors sachant combien ta renommée s’épuise,
Vexée d’être déchue, voudrais-tu par surprise
Planter à mon insu l’ironie du destin,
De te voir survenir quand je n’attendais rien… ?

Si tu savais combien je n’ai plus ce désir,
Le sort voudrait qu’enfin tu cherches à l’assouvir.

Seize euros cinquante.

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(unknown credit)

La ville est noyée sous défiance,
Sa peur est nôtre à éponger.
Quand du mendiant je prends conscience,
Je n’ai plus corps à m’échapper.

Il lui faut seize euros cinquante,
À réunir en un quart d’heure.
L’intimation me vient sécante,
Au bas du ventre en lieu du cœur.

Rien qu’alentour, c’est le troisième.
L’hiver à terme, leur flux redouble.
Pour tous les deniers que j’essaime,
Ma récolte est fixée en trouble.

Un peu plus tôt l’après-midi,
Courant aussi l’altercation,
Je m’offre imprudemment assis
À deux vauriens en exaction.

Si tôt ressaisie ma stature,
L’échange est clôt d’un regard ferme ;
Dont je trahis pourtant l’usure,
Face au renouveau du problème…

Lui n’a pas plus de dix-huit ans,
Fût agressé la nuit dernière,
À sa cheville un renflement,
Cet élan guerrier lui confère.

Mais c’est la peur d’être victime,
Qui lui fait promettre un racket.
J’ai beau manié quelques centimes,
Seul un retrait paierait sa quête.

L’habit me voue trop grand crédit :
Trois pièces, et pourtant les poches creuses.
Mon procès en sociologie,
Bâclé d’une envolée hargneuse.

Certes, à quoi bon lui affirmer
Qu’il s’en prend juste à moins précaire…
Le garçon déjà d’accoster
Une autre cible à traîne-misère.

Et je donne peu cher de ma peau,
Au soir des grands renversements,
Si le prochain est pour bientôt,
À quelques signaux près des temps…

Le sans-logis mordra au cou
Du déclassé, du faux bourgeois.
Le besogneux rendra ses coups
À l’étranger, au contre-emploi.

Suintant du ferment des affects,
On verra percer l’étendard,
Qu’aucun serment ne désinfecte,
Ocre à jamais de son histoire.

La ville endrapée de vindicte,
Assombrira les jours de ceux
Qui de l’époque nient le verdict,
D’aucun parti n’ont fait l’aveu.

Ce doigt qui pointe à vent contraire,
Pourra toujours s’en retourner.
L’esprit ni pour, ni adversaire,
Celui-là deviendra suspect.

Il lui faut seize euros cinquante,
Le prix d’un sommeil abrité.
Au moins l’insurgé en attente,
Au creux du mien saura frayer.

Détester son prochain (pour qu’advienne le suivant)

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Détester son prochain, comme on tend au suivant,
Sans porter le regret d’un état précédent.
On fait sien le progrès, à n’envisager mieux
Pour supporter l’instant, qu’un futur audacieux.

Ne voir rien à sauver exempt le bienfaiteur.
J’étais si scrupuleux, j’aurais pointé l’erreur.
S’attèlent en nos consciences, le déni au dépit ;
Quand rompt l’indifférence, point la misanthropie.

J’avais trouvé prétexte en l’inadéquation,
Pour habiller mon sort d’un gant de vocation.
Mais l’obligeant, amer, se prend d’acrimonie :
Comment tenir la porte, sans tarir d’empathie ?

Détester son prochain, pour qu’advienne un suivant.
L’horizon n’est certain du moindre dénouement…
Je laisse un temps surseoir l’appel du lendemain,
Par l’intrusion au soir d’un versant féminin.

Mais si tôt je mesure l’inanité des sens,
Ô combien éphémère, l’expédient à l’absence…
Unique en son recoin, « autrui » rejoint la norme :
Vouloir ne priser qu’un, n’occulte pas la horde.

Faut-il oser alors en dernier entendement,
Détester son prochain, sacrifier au suivant
Le droit de naître enfin, l’ouvrage d’être vivant.

Faut-il oser alors, en dernier sacrement,
Eu égard à l’humain, le transcender à temps.

Six jours

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On t’a donné six jours, qu’as-tu refait du monde ?
Le congé n’a payé, ni rémission, ni fronde.
Il faudrait reposer, en paix de toute conscience,
Ces conflits au long cours, font vœu de ton silence.

On t’a fait naître ancien, d’une illusion féconde,
Que ton siècle irait loin, porté de bras en ondes.
Demain s’éveille trop tard, il te bannit d’avance
Du courant de l’histoire, sans même une deuxième chance.

On t’annonce en présage, toi qui navigue à vue :
À tirer sur la corde, elle décroche un pendu.
Vois comment tu sabordes l’élan d’une rédemption,
Par un fâcheux dosage en basse médication.

On t’accorde une semaine, tu veux perpétuité.
Pour solde de tout compte, moins quelques annuités…
Quand point le jour septième, te pressant d’accomplir
Bien plus qu’un homme escompte, soudain voudrais-tu fuir ?

On t’a donné six jours, qu’as-tu refait du monde ?
Le courage est d’attendre qu’en ton sens il abonde.
La folie en retour, est d’y croire une seconde.