« Merci d’être vivant. »

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Ne rien faire en particulier,
Autre que d’en faire trop.
Pourquoi devrais-je esprit relier
À ce jour en fardeau ?

Sachons plutôt ne rien changer
Qui s’offre à l’inertie.
On encourt un plus grand danger
À céder au sursis.

N’attendre aucun présent du ciel
Ou promesse en repos.
M’éclaire, aussi providentiel,
Un gratifiant propos :

Simple « merci d’être vivant »,
Surprends-je à mon égard.
Hommage inescompté, souvent,
Ne tient qu’au gré d’un soir.

Et s’il faut trouver récompense,
Ou d’un répit, bienfait,
Me savoir utile évidence,
A bien meilleur effet.

N’avertir au calendrier
Qu’être fidèle à soi.
Tiens-je au rappel à l’encrier
Qu’un temps j’eus prime espoir ?

Au prix d’un long soupir adulte,
Ai-je à répliquer « non ».
À d’autres, bonheur et son culte :
Enfant, m’astreint ton nom.

S’il me faut trouver réjouissance,
Un pas plus loin suffit.
N’éprouvez dans ma réticence
Aucun blâme ou défi.

Combien verraient mieux s’en passer,
Ont fausse exaltation.
Prenant sur eux de ne froisser
Chez d’aucuns, tradition ?

Combien s’abîment au point d’ancrage
Où l’ordre s’établit.
Eux n’ont que solitude et rage,
À battre en ce repli.

Ne rien faire en particulier,
Si blanchir un tableau,
Seul en cette occasion dédiée
Vaut à demain sanglot.

N’attendre aucun présent du ciel,
Et plus que tout repos,
Doux mot résonne existentiel
À qui tend son chapeau.

« Merci d’être vivant »,
Comprends-je à ce regard.
Hommage étreint souvent
De vibrer un peu tard.

(Tableau : Edvard Munch – « Eye in eye »)

The OK version of yourself

Portrait-of-George-Dyer

The OK version of a song is never satisfying.
When you bring the effort in not screwing it up
Instead of wanting to have it greater,
That’s playing defensive, that’s playing too modest.

Don’t be modest by the way.
If you avoid being pretentious
In rather playing safe,
It’ll always look, feel, or sound a bit restrained.

And the OK version of that song
Becomes a revealing feature
Of how you live your own life,
Scheme your plans, aim the next border, the next chapter,
Trying so hard not to fail
That you never succeed in the end.

If you deliver that OK version of yourself to the world,
Don’t expect any bigger consideration.
The world is not a secret talent searcher.
For better and often worse,
It only pays attention to an edge at the moment,
To a movement or idea so undeniable they can’t wait.
It only shows interest for greatness and stupidity,
Beauty and horror,
Naked truth and gross lies.

Oh wait,
Let’s be fair,
There’s another hook though.
Being awkward, special, unusual, unexpected…
Yet not in a shy way :
See, you can’t just be weird on your own,
It has to mean something.
And it’s not « OK »
It’s not « alright ».
It’s you.

(Painting by Francis Bacon – « Portrait of George Dyer »)

 

(Être) une page sans fin

Edward-hopper_compartimentC

Tu voudrais que cette page en vienne à tourner seule…
Et tienne au vent léger d’apprêter son linceul.
À peine un courant d’air, aussitôt le rabat,
_ Quand c’était juste hier, du pli sur nos ébats.

Tu voudrais que dette passe, au premier chant du deuil.
Empreintes à effacer : mieux, retourner la feuille.
On priera de se taire, implorant, l’au-delà,
Or chemin reste à faire : comment survînt le glas ?

Mémoire insiste, où vision cesse.
Aucun repos n’éteint la cendre.
Émoi résiste au train qui presse,
Un dernier mot, lettre aux cassandres.

Il te siérait de n’être otage ainsi d’un autre cœur ;
Et flottant, ce feuillet d’histoire essuie rancœur.
À redonner sa chair au flambeau ceint d’éclats,
Atteint-il être cher, où lui ne saignait pas ?

Feindrais-tu que cette page oscille en ta main seule,
Et vienne à ton regret d’en arracher le seuil…
Aimé.e, crois-tu défaire en parenté deux âmes ?
Apprends qu’un jet de terre n’a su courber la flamme.

(Tableau : Edward Hopper – « Compartiment C, Voiture 293 »)