Vers un adieu joyeux.

oorlog3
(suggestion pour une lecture en musique : Rachel’s – Systems/Layers)

Je vais bientôt partir. Tu le sais peut-être déjà, mais je préfère t’écrire maintenant, plutôt qu’après coup. Par crainte de me décourager ensuite, une fois installé là-bas. De ne plus me rappeler pourquoi c’était si important. Tu n’es pas la seule personne concernée, rassure-toi. J’ai établi une courte liste, assez honteuse en fait, de ceux à qui je voulais me confier une dernière fois avant mon départ. A toi l’embarras d’en faire partie, à moi l’obligation des mots justes.

Je ne te l’ai jamais dit, non. Parce qu’au deuxième ou troisième stade d’une relation, on oublie comme tout était encore possible au premier, au point initial d’une rencontre. Ce soir-là, où j’avais littéralement « flashé » en t’apercevant assise à travers la vitrine d’un fameux bar que nous fréquentions tous à l’époque, fermé depuis. C’était fin mai-début juin, mon parcours nocturne s’achevait tranquillement, jalonné d’un quartier à l’autre, tout en marche solitaire. Et me voilà soudain frappé du rayon de Vénus, de ceux qui vous percent l’âme autant que la vision… On ne choisit pas son moment, ce n’est pas qu’une question de langueur affective, ou de comment certains garçons aiment à se sentir minable, soumis à l’oppression d’un choc esthétique, pétrifié d’un micro-sourire. Dans cette hiérarchie du « beau », le masculin se soumet autant par lâcheté que par dévotion. Il est tellement plus commode d’assigner au féminin le devoir d’incarner la beauté.

Je me tenais figé à quelques mètres de distance depuis la terrasse, avant d’entrer saluer prendre un verre. C’est ton profil qui m’avait saisi d’emblée, sorte d’imagerie cinématographique transposée en plein réel. Je revois cette longue chevelure auburn, ce regard bleu-métal enjoué d’un rire fébrile, comme un restant de timidité sans doute. Ensuite une fois à l’intérieur, je serais déjà au-delà du fantasme, au-delà de toute contemplation. Ni photographe, ni peintre, une simple connaissance parmi d’autres. Mon émoi d’origine ne serait plus qu’un souvenir d’une première impression, forcément appelée à disparaître à l’épreuve du vécu. On sympathise au lieu de flirter, on discute musique au lieu de danser. On « courtoise » au lieu d’embrasser. J’étais spécialiste, crois-moi ; il m’aurait fallu un carton d’invitation ou une injonction divine pour que je tente quoique ce soit. Moi-même je ne savais pas ce que je voulais la plupart du temps. Je me souviens cette soirée d’anniversaire dans ton ancienne colocation, avec toute cette petite bande d’alors, on se complétait bien il faut dire… Mais je n’aurais pas risqué plus loin. L’été allait bientôt s’enfuir, sans qu’on ait eu l’occasion de se recroiser. Et je n’y pensais plus trop honnêtement. Puis quand on s’est revus en septembre, tu avais quelqu’un désormais. Ce qui ne m’a ni surpris, ni déçu. Enfin sans doute un peu quand même.

J’ai cette théorie tout à fait subjective et honteusement essentialiste, que là où une femme sent instinctivement quel type de relation envisager avec un homme, l’indécision masculine au contraire, ne s’estompe jamais vraiment. Pas seulement en terme de désir refoulé _ partons du principe qu’un mâle hétéro verra toujours une femme comme cette créature aux attributs opposés, même sa meilleure amie… Idem sur un plan sentimental : le moindre béguin d’antan, le moindre « peut-être » d’un soir, un jour ou l’autre peut ressurgir. Pour un homme ce n’est jamais une affaire classée. Tourner la page signifie seulement ouvrir le champ à de nouvelles rencontres, les précédents chapitres ne s’effacent pas.

Elle l’a bien compris je crois, celle qui m’accompagne en ce tome présent. Vous ne vous êtes jamais rencontrées il me semble, ou alors sans présentation officielle. C’est vrai que nos cercles amicaux ont beaucoup évolué, les occasions de se rassembler font défaut, à moins de les provoquer évidemment. Mais rien de plus amer que forcer des retrouvailles entre amis, alors on attend que le hasard cosmique ou l’agenda culturel fasse le boulot à notre place… Il y a tant d’autres personnes dignes d’intérêt à fréquenter dans une grande métropole ; notre tare n’est pas d’être irrespectueux envers la mémoire et l’amitié, c’est de toujours souhaiter quelque chose d’autre, quelqu’un d’autre, quelques bars autres… C’est ce consumérisme social devenu impossible à freiner, avec ou sans l’appui de facebook, twitter, tinder, etc. Toujours plus d’individus, de nouveaux « profils » à consommer autour de soi. Résister au nomadisme relationnel vous condamne au surplace identitaire, à régresser par faute de mouvement. Une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de partir, tient au fait que je n’arrive pratiquement plus à tenir une conversation entière, approfondie, avec qui que ce soit dans l’espace public. Peu importe le lieu, mes sens se retrouvent automatiquement happés vers un autre angle de perception, je ne sais plus regarder ni écouter droit devant moi. Chaque figure ou échange verbal deux mètres plus loin devient un distrayeur potentiel. Et j’en capture tellement des visages, des bribes de conversations, de l’altérité à ne plus savoir en quoi elle diffère au juste.

Mener cette vie urbaine par temps de monogamie, je n’imaginais pas que c’était possible honnêtement. Ni le souhaitais-je d’ailleurs. Il faut croire qu’elle m’a eu par surprise, dans un moment de flou. J’aurais aussi bien pu enchaîner les coups d’un soir, ou basculer à nouveau dans la solitude. Ce genre de carrefour de l’Étoile _ comme le formulait un ami, j’en ai traversé d’autres auparavant, souvent persuadé d’avoir manqué la bonne sortie. Mais pas cette fois. A croire que mon propre instinct se féminise en cours de route : je sens mieux les histoires, les vraies rencontres. Plus humblement, c’est surtout à elle qu’en revient le mérite. Celui de comprendre que son homme reste un animal indompté, et qu’une relation n’est jamais perpétuable par simple dépendance affective l’un envers l’autre. Il faut vouloir construire à chaque rendez-vous, découvrir sans relâche. Savoir doser le froid pour mieux retrouver le chaud. Accepter l’au-revoir pour revenir à bientôt. Ne rien attendre surtout, ne rien promettre. S’aimer au temps présent.

Je ne pensais pas qu’on tiendrait au-delà de six mois, et voilà trois ans et demi que ça dure. Le secret, c’est de ne pas compter les années paraît-il ; s’affranchir au mieux des normes sociétales, tromper son déterminisme familial. Clairement, je ne me voyais pas franchir autant d’obstacles en duo. Seul oui, mais à deux, quelle étrange compromission existentielle… Elle sait que je n’ai même pas envie d’être en couple. Je veux bien prendre le sentiment et le désir, pas les projets de maison, de compte commun, ou le surpeuplement de la planète… Enfin ne te sens pas visée bien sûr, je crois savoir que tu t’es pacsée récemment, et que vous habitez la même demeure… Je me sens juste exempt pour ma part, de vouloir une tournure ou l’autre aux évènements. En l’occurrence je ne veux rien, j’agis comme je ressens, c’est tout. Je n’ai pas peur que ça casse, je n’ai pas peur que ça dure. Peu importe, tant que ça reste vrai.

Alors pourquoi souhaiter partir justement ? Je me suis toujours plus ou moins projeté ailleurs en fait, d’un point de vue géographique j’entends. Mais j’étais chaque fois retenu par un job ou une fille, par la crainte de me perdre, ou par manque d’argent. La différence aujourd’hui, c’est que ma liberté de mouvement implique de voler sur deux ailes, non une seule. Elle a compris que je finirais par m’expatrier tôt ou tard, et elle y pensait également. Avant c’était purement du fantasme, une illusion d’échappatoire, tant que j’étais encore barman en tout cas. Il y a un courtermisme inhérent à ce type de métier qui empêche de remettre sa vie en question. Sa ville en question. Or depuis peu, mon statut de traducteur anglophone me donne enfin la marge de manœuvre nécessaire. L’éditeur qui m’emploie actuellement, dont le siège est basé à Paris, se fiche pas mal que je travaille depuis Lyon, Toulouse, Rennes, ou depuis l’étranger. Donc l’idée a germé doucement depuis un an, en solitaire puis en tandem. Je ne vais pas devenir nomade numérique non, le but n’est pas tant le voyage que l’ailleurs. Et on a fini par trouver notre futur point de chute, toujours en union européenne cela dit, par commodité.

Quant à savoir « quelle destination ? » _ une interrogation légitime, puisqu’aucun de nos proches respectifs n’a encore été mis au courant, la réponse vous parviendra sous forme de carte postale je pense… D’où un cercle de confidents restreints, et surtout afin que personne ne nous dissuade ou nous encourage entretemps, ne nous pose un tas de questions normatives, alarmistes, dont notre idylle n’a que faire pour subsister. Rien que la décision d’un exode commun et d’une future cohabitation domestique, soulève assez d’appréhension en elle-même. Alors épargnons-nous la vox populi, forcément intrusive. Je sens déjà courir assez de rumeurs depuis quelques mois, du fait que je ne sors pratiquement plus, que j’ai désactivé mon compte facebook, et ne réponds pas toujours aux sms envoyés certes. Nous informons les gens les plus susceptibles de comprendre et de s’en préoccuper vraiment ; parce qu’en un temps, même peut-être révolu, nos relations ont dépassé la bonne camaraderie citadine, l’évidence du nombre d’ « amis en commun ». Parce que nous avons su pouvoir compter avec l’autre.

Tu m’excuseras cette tonalité d’adieu, c’est juste que pour nous ce ne sera pas seulement une expatriation, mais bien une forme de dissipation, d’évasion numérique. Or je suis parfaitement conscient qu’un des plus grands freins à l’exil véritable, reste l’hyper-connectivité. A quoi bon traverser le continent, si vos contacts vous voient toujours liker, twitter à n’importe quelle heure. Au final vous paraissez plus présents, plus proches encore que cette vieille grande-tante oubliée, qui habite la même métropole mais n’a pas d’Internet. Je ne veux pas seulement changer d’air et de pays, je veux recouvrer mon droit ancestral à la discrétion, à la non-émission de données collectées, à la non-manifestation d’humeur ou d’opinion, à la non-réaction au cours de l’actualité, aux temps qui passent. Nous n’utiliserons Internet que pour le strict nécessaire : travail, administratif, santé. Plus de réseaux sociaux, plus d’applications invasives. Nous ne consommerons que l’essentiel, sans même avoir à nous priver. Je ne te parle pas de cultiver nos propre légumes en petite communauté, entourés d’activistes décroissants. Disons que là-bas, tout se fera à une plus petite échelle, autant pour le commerce que dans les rapports humains. Au lieu d’encourager la compétition du plus grand nombre sur le même territoire restreint, c’est une terre qui privilégie l’auto-suffisance par la complémentarité, non la compétitivité.

J’ignore encore si nous pourrons tenir financièrement au delà d’une année. Il faudra certainement trouver d’autres solutions une fois sur place. Tant de choses peuvent se retourner contre nous évidemment, l’amour en premier lieu… Je me sens presque détaché pourtant, tout ce que durera cette aventure me paraît déjà un bonus inestimable. Ce n’est pas comme si on allait se marier, fonder une colonie de marginaux utopistes. Je veux juste mon laps de paradis sur terre, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Et avec elle, oui. Mais nous ne sommes pas uniques : ce pourrait être une autre, je pourrais en être un autre. Ce cher Cohen l’avait bien compris je crois : l’amour est opportuniste. Dès lors qu’il se prétend idéaliste, c’est souvent par espoir ou regret. Moi je ne veux ni l’un ni l’autre. « So long Marianne », mas je ne suis pas pressé d’en rire ou d’en pleurer… J’entends par là qu’au bout du chemin, il n’y aura ni réussite ni échec. L’amour et l’exil ne se résument pas à ça. Je sais que je ne reviendrai pas dans le coin en tout cas. Alors c’est un demi-adieu sans doute. Dans cette vie-là au moins. Mais un adieu joyeux j’espère.
Porte-toi bien, je t’embrasse.

Danse-moi jusqu’à la fin du monde…

100-best-silent-films-a-page-of-madness
(Suggestion pour une lecture en musique : Gareth Dickson – Snag with the language)

Je vais encore rater la première partie. Ce n’est même pas une question de snobisme, juste une latence coutumière en démarrage de soirée. Pour un noctambule, sortir avant 20h le samedi, ça fait vraiment tôt. Comme en plus le concert était annoncé à 18h30, on peut même dire que j’arrive en avance sur mon retard présumé. Et heureusement, sinon je manquerais également la tête d’affiche. Un musicien écossais, lequel arpège une guitare folk très réverbérée dans une ambiance quasi religieuse, à l’intérieur d’une salle de théâtre aménagée pour l’occasion. On croirait soudainement une chapelle laïque, conçue pour les derniers résistants au cours de l’époque et à ses invectives d’hyper-connection, de gesticulations festives imposées. C’est tout l’apaisement que cette ville daignera m’octroyer pour la semaine, je le sens, alors j’attends que mes yeux d’eux-mêmes se referment, évacuent les stimuli visuels encore présents, même en un lieu si tamisé. Comme ce filet de lumière détachant le visage d’une femme que je viens juste de reconnaître et saluer, assise à l’autre versant, opposé au mien. Avec ce type de concert intimiste, le public offre un décor souvent plus captivant que la vue scénique elle-même, très dépouillée. Soudain les figures s’anoblissent, par ce qu’elles gagnent d’humilité en se figeant dans cette posture captive, qui les renvoient à leur fatigue hebdomadaire, à une mélancolie qu’elles ne cherchent enfin plus à contourner. Alors je retiens un temps mes paupières, pour dévorer encore un peu de cette beauté. Je sens que je n’en aurais jamais assez de toute façon. Au fond mon esprit n’a aucune envie d’être bercé : lui sait bien que je serai toujours debout dans une douzaine d’heures.

Une heure après c’est tout l’inverse, je regrette déjà ses quelques minutes de micro-sieste, tant l’atmosphère autour est surchauffée, oppressante. Cette manie qu’ont les gens de vouloir systématiquement célébrer le jour de leur naissance un samedi soir… Et à plusieurs anniversaires dans le même café, sans doute par crainte du manque de convives. Ou par réalisme lucratif des patrons de bar. Enfin, le résultat revient au même : on croise tout le monde, mais on n’échange avec pratiquement personne. Et on tue toute chance d’une nouvelle rencontre par simple effet de masse. Par cet agglutinement qui nous force à sécuriser notre cercle relationnel, en le limitant aux visages les plus familiers, et nous enjoint à boire pour supporter le manque d’espace vital intime. Ce que nous aurions fait de toute façon, mais un peu moins stressés peut-être. Je ne m’en sors pas si mal cela dit, on m’a même gardé un verre de punch et une part de gâteau. Il faut savoir rester prêt à tout en soirée ; y compris à ingurgiter un bout de charlotte fondante sur une frêle assiette de carton, tout en préservant son flegme et l’intégrité du moindre textile environnant. Ce malgré la récurrence des coups de coude au passage, vu qu’on se tient pile dans le couloir menant aux toilettes…

Et puis un ami suggère de bouger ailleurs, dans un bar moins routinier d’une virée de samedi soir, pour ce cercle du moins. Tiens oui, ça fait longtemps, allons-y. Non loin se trouve la rue de la soif locale, notoirement chaotique et fier de l’être. Il est vivement déconseillé de réviser sa considération du genre humain en s’y aventurant seul, et non alcoolisé. Pire : en étant seul, sobre, et d’apparence féminine. A cette heure heureusement, j’échappe encore à ces trois critères. De toute façon, l’établissement nocturne que nous avons ciblé serait plutôt du genre « irréductible », qui résiste encore à l’envahisseur et au jet 27… Et pour cause, c’est un bar d’obédience métal, à l’entrée duquel se poste le genre de videur imposant que n’aurait pas renier Bodycount dans les 90’s, avec quelques tatouages de plus sans doute. Je ne sais pas si je me sens plus en sécurité, mais la simple idée de commander un verre de blanc devient alors aussi absurde que de réclamer du Sting ou du Coldplay. Déjà qu’avec ma veste de velours je frise l’outrage aux bonnes moeurs, évitons de les provoquer davantage.

En fait l’endroit est inversement plus pacifiste que ne le fait ressentir sa playlist de thrash-metal du meilleur cru, apocalyptique à souhait. Il y a même des toilettes hommes-femmes séparées ; c’est dire à quel point la notion d’endroit civilisé est devenue perfide, à force d’attirer le noceur vers les vitrines les plus clinquantes, vers des sourires de vendeurs de smartphone déguisés en barmans. On finirait par trouver l’austérité rassurante, et les riffs mitraillette des héritiers de Black Sabbath comme du miel pour les oreilles… Là j’exagère sans doute, mais ma deuxième pinte de blonde à 8° commence à produire son effet ; mon sens critique baisse légèrement sa garde, et sournoisement un petit flash nostalgique m’envahit. Je me revois entrer dans le même bar, dix ans plus tôt, sans trop comprendre ce que je fais là ; mais j’ai suivi une piste, une aimable suggestion à passer boire un verre… Et puis tout se réchauffe peu à peu. On me présente timidement, quelques conversations s’engagent, la soirée se prolonge… Je repars ensuite conquis, avec le sentiment que tout pourrait être simple au fond. Une bière reste une bière, pas besoin de chercher plus exotique ; cette fille me plaît, alors pourquoi rêvasser à une dizaine d’autres au même moment ? A celles que j’ai croisées deux ou trois heures plus tôt, à celles que je pourrais retrouver dans d’autres pubs, d’autres rues ; à celles que j’espère toujours secrètement revoir, mais qui ne risquent pas d’entrer ici comme par miracle.

Tout pourrait être simple, alors maintenons l’illusion. Justement, le patron de bar vient de lancer son quart d’heure « sérieux s’abstenir » de pré-fermeture, et un tube des Jackson Five retentit à plein volume. Mes jambes n’attendaient que ça : je ne tiens vraiment pas à me faire remarquer du videur, mais ne pas danser là-dessus, j’en suis vraiment incapable. Sauf qu’après trois autres morceaux, une facétie d’un camarade me fait bêtement projeter mon verre quasi vide à terre, lequel explose en toute largeur. Pour unique sanction, l’autre tenancier arrive tranquillement afin de balayer l’éparpillement, ajoutant sans aucune malice : « c’est pas grave… ».
Oui, tout devrait être aussi simple et gratuit, comme de poursuivre en after chez l’un des membres de cette fine équipée, à l’appartement le plus proche d’ici, et le plus permissif en terme de voisinage. Nous ne sommes même pas nombreux, juste une poignée. Et nous avons très peu d’alcool ; aucune autre substance d’ailleurs pour pallier au dégrisement fatal qui menace de nous tomber dessus, rien qu’à traverser ce tableau de bassesse comportementale dont le quartier nous abreuve. Vomi contre un mur à gauche, urine contre une voiture à droite, tensions et agressivité à 360°… Dans une mêlée humaine trop avilie certainement, pour assumer de se revoir en selfie le lendemain… Ne pas se laisser dégriser, non : Iggy Pop, LCD soundsystem, Gorillaz, Joy division… et un appareil à fumée pour submerger le salon. Comme les gosses d’une première boum de collège, mais sans le repas de famille du lendemain. Et surtout sans envie du lendemain, puisqu’il tombe un dimanche, le fourbe. Autant ne pas rentrer du tout à vrai dire. Allez, « dance, dance, dance to the radio !« . Mon invisible cavalière, danse-moi jusqu’à l’aube. Danse-moi jusqu’à la fin de ce monde.

Tout devrait être aussi simple.